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lute ϟ première neige

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lute ϟ première neige écrit le Jeu 3 Déc - 11:27




première neige
feat. lute e. béhémoth
“The true New Yorker secretly believes that people living anywhere else have to be, in some sense, kidding.” (John Updike)

Il va neiger ce soir. Cody a vécu assez longtemps au Canada pour reconnaître l'odeur et la morsure du froid, juste avant la première neige. Tout le monde a ses rites personnels de renouvellement : la saint-Sylvestre, le début des vacances d'été ou la reprise des cours, son anniversaire... pour Cody, la première neige est certainement l'une de ces bornes annuelles, où l'on se fixe des résolutions qu'on sait superficielles et facilement abandonnées. Il va neiger ce soir. Ce n'est pas que l'air qui est fébrile, les gens aussi. Comme avant la pleine lune. Tout le monde autour de lui est excité. Ça se chamaille dans le labo, personne ne suit les instructions du prof et Cody est tourmenté, vacillant entre l'envie de céder au charivari général, et l'anxiété qui lui chuchote qu'il vaudrait mieux rester tranquille. Après tout, c'est vendredi. Ils s'apprêtent tous, les étudiants de Levram, à enlever leur tablier d'étudiants le temps de deux jours, à mettre leurs beaux souliers pour aller danser pas trop loin, oublier un instant qu'on les a choisis pour sauver le monde. En plus, il va neiger ce soir. Il va neiger ce soir, c'est un détail non-négligeable.

Ce soir—où il va neiger—n'aurait rien de particulier si ce n'était d'elle. En avalant un repas du soir typique de l'étudiant qui aime mieux s'entraîner que cuisiner, c'est-à-dire un milskhake aux bananes boosté à la poudre de protéines, Cody tente de raisonner son appréhension. Mais il n'y peut rien. Il y a des gens comme ça. Il y a des gens qu'on regarde longtemps et qu'on n'ose pas inviter dans notre vie. Il y a des gens qui y atterrissent quand même. Parfois, dans un moment d'épiphanie, l'être humain, qui est un être social, est projeté hors de lui-même et a un regard extérieur sur les gens qu'il aime assez longtemps pour être embarrassé de bonheur, assez longtemps pour dire : cette personne est extraordinaire et j'ai raison d'avoir hâte de la voir à chaque jour. Épiphanie. Première neige. Milkshake aux bananes. Cody essuie le coin de sa bouche d'un revers de main, saute dans la douche. La petite fenêtre qui laisse s'échapper la buée dehors, lui recrache en échange l'air frais de la Grosse Pomme. Entre les vapeurs, Cody inspire les derniers airs de l'automne. Dans moins d'un mois, ils se plaindront de la neige. En attendant... Il va neiger ce soir.

Rendez-vous dans le Hall d'entrée de Levram. Il est content de pouvoir lui faire profiter de ses privilèges d'étudiant niveau 3, lui qui n'a jamais connu la tare de l'enfermement à l'intérieur des murs de cette école de béton. Cody a beau préférer la mer, il aime bien New-York. On s'y perd facilement. Si on marche une heure, peu importe dans quelle direction, on a l'impression de traverser la Terre au complet. SoHo, Greenwich Village et l'Upper East Side ont leur couleur, Brooklyn a son rythme propre. Lorsqu'il cherche des nouveaux vêtements, il finit inévitablement par se perdre dans les petites galeries d'art de Tribeca ou d'Alphabet City. Central Park est, à lui-même, un monde. Tout cela sans parler de Broadway. D'ordinaire, Cody essaie d'éviter le sud, Times Square et la foule. Introverti de nature, il devient facilement agoraphobe. Cela dit, il garde un très bon souvenir de la seule fois où il a visité New-York avant son arrivée à Levram : c'était quand il vivait avec les Carson, avant le décès de Bren, les parents les avaient emmené voir le jour de l'an à Times Square, et patiner sur la patinoire du Rockefeller Center. Cody se souvient s'être senti plus noyé dans la foule sur la patinoire que dans la mer d'Havre-aux-Maisons, des années plus tard...

Sauf que Lute est l'hiver. Lute est la quiétude et le bruit feutré des lames de patin fendant la glace. Lute est la grâce des gros flocons mous qui planent sur le vent et tourbillonnent et atterrissent dans les cheveux des filles. Lute est le silence d'une rue enneigée à deux heures du matin, la blancheur infinie du sol se réverbérant en aurores mauves dans le ciel. Avec elle, Cody ne serait pas anxieux en traversant les tempêtes du centre-ville new-yorkais. Ce serait aussi aisé que de faire du ski de fond en forêt. Ce serait une aventure calme. Lute est le calme. Il va neiger ce soir.

CODY—tu as déjà pris le métro ?

Question qui peut rencontrer une réponse abrupte, surtout de la part de gens qui ont grandi dans des métropoles comme celles-ci. Cody se rend compte qu'il ne sait pas d'où Lute vient. Lui-même n'avait jamais pris le métro avant d'arriver à Levram—et de vouloir s'en sauver, le plus vite possible. Ils sont sortis de l'école et se dirigent vers la bouche de métro la plus près, ce qui veut dire quand même à quelques rues. Ils sont partis tard—c'était l'intention. L'endroit où ils vont est plus beau et plus intime après minuit. Le ciel n'est pas clair, c'est encore mieux. Cody se dit que la perspective de la neige en aura découragé quelques-uns. Un peu pris de court par la proposition qu'il a lui-même fait à Lute la dernière fois qu'ils se sont vus, il a longuement cherché ce qu'il pourrait lui montrer à New-York. Il a choisi ça. Enfin, s'il voit que ça ne plaît pas, il y a toujours Times Square à côté. Cody regarde ses pieds en marchant, faisant attention de ne marcher ni sur les craques de trottoir, ni sur les lignes qui séparent sur le ciment la lumière des lampadaires de l'ombre qu'ils laissent entre eux. Qu'est-ce qu'on dit à quelqu'un pour engager la conversation le premier soir où on a décidé d'être amis ? Il revoit la scène à la fin de La Chambre des Secrets où Ron et Hermione se serrent bêtement la main sans se regarder dans les yeux : « Oui, oui, très heureux de te r'voir, vraiment Hermione ! » Il sait que Lute lit beaucoup. Il se demande si elle a lu Harry Potter.

CODY—je crois qu'il va neiger ce soir. ça serait pas mal, non ?

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Re: lute ϟ première neige écrit le Mer 16 Déc - 21:12



Première neige
Dakota & Lute

 
La symbiose.
C’était le chapitre que Lute était censée réviser pour les contrôles de fin d’année. Autre chose tournoyait dans le fond de sa caboche, comme une rengaine qu’on ne peut déloger, qu’on tirer, en vain, sans la faire bouger d’un pouce. Ce n’était vraiment pas une notion compliquée, cette saleté de symbiose, pourtant dès que l’œil curieux de Lute se posait sur les douces pages du livre de biologie, tous ses sens s’évanouissaient et elle ne pouvait plus penser qu’au rendez-vous qu’elle avait ce soir. Elle ne savait pas ce qu’elle allait mettre, et ça l’angoissait terriblement ; elle n’avait personne pour la conseiller, pour lui dire comment s’habiller, vous savez cette meilleure amie que l’on retrouve dans tous les livres, qui est là simplement pour meubler ? Lute n’avait même pas cette personne-là. De la symbiose des plantes elle venait à se demander ce qu’elle allait mettre comme robe, comme chaussures, si elle oserait utiliser son pouvoir fluctuant pour se rendre pour belle – et si elle le faisait, elle n’osait pas se poser la question fatidique, la plus importante, celle qui revêtait le plus d’importance : pourquoi le faire ? Avait-elle envie que Cody ne la trouve belle ? Avait-elle envie de se sentir belle ? Elle aimait se sentir regarder. Pas regarder comme ça. Elle aimait comment Dakota W. Crowchild la regardait, le fils des corbeaux, qui posait son regard perçant sur elle comme une charogne qui respirait assez encore pour être intéressant. Cody était un étudiant de niveau 3, et même si son pauvre niveau 2 ne l’avait jamais empêchée de sortir sans l’autorisation des membres du personnel de Levram, Lute se sentait encore plus heureuse de pouvoir le faire légalement, cette fois. Tout cela se parait d’un soupçon d’excitation qu’elle ne pouvait distiller et que la symbiose ne savait pas faire évaporer.
Elle ferma violemment le bouquin, rangea tout à la va-vite dans son sac et sortit de la bibliothèque sans un autre regard pour cette pyramide de savoir. Elle ne percerait pas le mystère de la symbiose ce soir, elle ne percerait aucun mystère scientifique d’ailleurs, mais elle avait aussi une deuxième matière en plus des sciences : la sociologie. Ce soir, elle tâtait le deuxième terrain de son éducation.

Le Hall d’entrée de Levram ne lui avait jamais semblé si grand, et à la fois si étouffant. Le temps s’est rafraîchi et elle a enfilé une doudoune noire, coiffant un bonnet sur son torrent de boucles blondes, des baskets chaudes mais confortables, et tout ce qu’il a de plus banal : slim noir, tee-shirt noir, toute vêtue de noire comme d’habitude, comme la faucheuse qui se glissait sur ses longues pattes malhabiles. Elle tissait sa toile lentement dans tous les recoins de Levram, cherchant à se faire la plus petite, mais comprenant aussi combien elle pouvait paraître menaçante. Elle glisse doucement sur le sol, stabilisant les battements de son cœur comme ceux de son pouvoir. La blondinette avait la paix en elle ce soir, mais elle ne pouvait rien garantir pour toute la soirée. « Tu as déjà pris le métro ? » Il est là, le beau Cody, le grand – oh mon dieu qu’il est grand ! – Cody, la prenant par surprise et déjà le petit arachnide sursaute, en perd presque le fil de sa toile argentée, mais ouf, elle se reprend à temps, se maintien, sourit lentement comme un coup de couteau fendrait la chair, et elle plonge dans les si beaux yeux de Cody. Elle se rappelle toutes ces séances de méditation qu’ils ont fait ensemble, leur lien si étrange en train de se tisser lentement, et puis cette séance de méditation qu’elle a faite toute seule cette semaine et qui… Elle ne voulait pas y penser. Devait-elle lui en parler ? Elle ne savait même pas quels mots mettre sur ce qui lui était arrivé dans la chambre vide, dans son cerveau vide, tout ce qui s’était déchaîné en elle et qui semblait se retenir quand il était près d’elle. « Je… Non, jamais. » Le métro. Elle savait ce que c’était, bien entendu, mais… Jamais elle n’était véritablement sortie de la maison de sa tante, et son arrivée à Levram s’était produite dans la plus somptueuse des voitures qu’elle n’ait jamais vu. Lute avait beaucoup d’angoisses, et le métro en faisait aussi partie : c’était sombre, étroit, humide. Pas ce qu’on aimait le plus, en somme.

Il l’entraîne, comme d’habitude, et elle sent le silence se poser sur eux, les emmitouflant proprement comme deux adolescents un tantinet mal à l’aise. Parle, bon sang, t’as une langue ! Elle ne peut s’empêcher de s’époumoner en elle. Elle a tellement de choses à dire, à montrer, à faire… Elle voudrait avoir un autre don, celui d’envoyer des pensées aux autres, car alors elle pourrait partager tout ce qui lui passerait par la tête avec le garçon de Havre-aux-maisons, et elle n’aurait pas besoin d’utiliser sa langue pâteuse, maladroite, langue de vipère parfois quand elle jouait trop sur les œufs de la sociabilité, de toutes ces règles imposées par la société et j’en passe. Lute avait passé l’après-midi sur sa chaise, à attendre que le temps passe, que les secondes ne s’égrènent pour que Cody fasse d’elle Cendrillon, une Cendrillon inversée qui deviendrait beauté non pas avant, mais après minuit. Elle mentirait presque en disant tout cela. Et puis, c’est la langue de Cody qui se délie en premier, et elle le remercie, elle le gracie intérieurement, car s’il l’avait attendue, jamais elle n’aurait ouvert la bouche. « Je crois qu’il va neiger ce soir. Ce serait pas mal, non ? »

Elle n’osa pas lui révéler qu’elle l’avait vue, la neige, des dizaines de fois, mais que jamais elle n’avait eu l’occasion de la toucher. Enfin, si, avant, mais plus depuis. Elle n’avait pas le droit de sortir dans le jardin… Elle essayait bien d’attraper quelques flocons par sa fenêtre, mais elle n’avait jamais fait de boule de neige, faute de rebord sur lequel les flocons pouvaient se poser. Elle ne l’avait pas même goûtée. Pourtant ce soir, cette honnêteté si caractéristique semblait s’évanouir sous un torrent de désespoir. Putain, Lute. T’as jamais pris le métro, t’as jamais vu la mer, t’as jamais vu la neige. Tu sers à quoi, sérieusement ? T’as jamais rien vu, rien compris, rien appris. Tu lis tes petits livres minables en attendant que Cody, le prince Cody vienne te délivrer de ta prison de verre, mais si tu l’avais créée toi-même, cette prison ? Si c’était toi qui en avait bâti les murs, et qui te refusais d’utiliser le marteau que tu sers violemment contre ton cœur ? Pourquoi Cody perdrait son temps à parler avec toi alors que tu es incapable d’aligner trois mots qui ont du sens, alors que tu n’as aucune espérance, alors que tu n’as plus d’œil valide, alors que… « Ce serait vraiment chouette, oui. On pourra la voir tomber, d’où tu m’emmènes ? » Elle l’a presque chuchoté au milieu des passants effarés, comme une petite souris perdue au milieu d’un groupe de chats aux griffes acérées. Il ne lui a pas vraiment dit clairement où il l’emmenait, et cette surprise l’enchantait encore plus. Elle adorait les surprises. Elle se dit qu’elle aimerait voir un film, qu’elle aimerait patiner, qu’elle aimerait se promener dans un parc, qu’elle aimerait boire un chocolat chaud, ou même faire quoi que ce soit que Cody ait envie qu’ils fassent ! « Il y avait beaucoup de neige à Havre-aux-maisons ? » Elle avait envie de dire quelque chose de moins banal, de plus intéressant, de lancer une conversation qui ferait qu’ils ne tariraient plus jamais de paroles. Mais Lute restait Lute.
Elle se fit la promesse que s’il ne neigeait pas, elle utiliserait son pouvoir pour que ça arrive.

acidbrain


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Re: lute ϟ première neige écrit le Jeu 17 Déc - 4:02




première neige
feat. lute e. béhémoth
LUTE— Ce serait vraiment chouette, oui. On pourra la voir tomber, d’où tu m’emmènes ?
CODY— S'il se décide à neiger, on aura la meilleure vue en ville !
LUTE— Il y avait beaucoup de neige à Havre-aux-maisons ?
CODY— Oh, oui. Des montagnes ! Même que des banquises se forment sur les côtes de l'île et que des phoques viennent s'y installer.

Le bruit des blocs de glace monumentaux se détachant de la côte pour partir à la dérive au printemps hanterait à jamais ses rêves. Le chant des blanchons, ces petits phoques américains se greffant aux plages hivernales d'Havre-aux-Maisons, non plus.

CODY— et toi, il y a de la neige, d'où tu viens ?

Il ne sait pas où c'est, d'où tu viens. Cody sent ses joues chauffer un instant lorsqu'il réalise qu'il ne lui a jamais posé la question. Et pourquoi cette obsession de tout savoir sur elle ? D'accord, Cody est curieux, parfois trop même, mais il n'a pas souvent ce genre de fixe sur une personne. Il est constamment étonné par le dialogue intérieur qu'elle ouvre en lui. Bien sur, il n'est pas exactement fier de ce dialogue, puisqu'il mine toute conversation entre Lute et lui. Il est conscient du silence qui les entoure constamment. Lui, ça ne le dérange pas particulièrement, mais il commence à comprendre que ce n'est pas son cas à elle. L'effort soutenu qu'elle fait de maintenir la conversation entre eux est admirable. Il inspire fort et se promet de faire un effort.

Quai de métro. À New-York, c'est un endroit occupé à toutes heures du jour et du soir. Un effort d'actualisation a été fait sur cet endroit, mais l'air de renfermé, humide et stagnant, ne l'a pas quitté. On peut humer, dans le fond de ces stations, ce qui ne voit jamais le jour. À vrai dire, Cody est extrêmement claustrophobe. Ce n'est que par la force de l'habitude qu'il a appris à ne plus avoir peur du bruit des néons qui grésille, du tremblement du quai lorsque le train arrive. Et puis, Cody n'aime pas montrer aux autres qu'il a peur. Il descend les escaliers vers le ventre de New-York d'un pas confiant, jetant un regard complice à Lute, parce qu'elle lui a dit qu'elle n'avait jamais pris le métro. Il espère pour elle qu'elle aura moins peur que lui : les premiers mois où il s'est servi du métro, il était complètement tétanisé. Les mains dans les poches, Cody s'imagine un instant en tirer une de son manteau pour glisser ses doigts entre ceux de Lute. Les couples sur les quais de métro attirent toujours son œil, pas parce qu'il est particulièrement jaloux ou curieux, simplement parce qu'ils font rayonner le bonheur dans un endroit aussi glauque.

CODY—essaie de deviner où on va—je vais te donner des indices.

Voilà qui promet de lancer une conversation : une devinette. Le sol tremble tout d'un coup sur leurs pieds et l'écran, face à eux, annonce que le métro arrive de manière imminente. À leur gauche, deux petites lumières, comme des yeux, apparaissent au fond du tunnel. Le regard du cheval de fer grandit à vue de nez, pour ne pas dire à vue d'œil, dévoilant bientôt sa tête, son corps. Le wagon du conducteur passe devant leurs yeux en un éclair ; le train ralentit et s'immobilise en avant d'eux. Entre le quai et le wagon, l'espace minuscule où Cody a toujours peur de perdre son DISC, son porte-monnaie, son pied. Les portes s'ouvrent et il entre dans le wagon ; celui-ci n'est pas bondé, mais il contient déjà un nombre suffisant de gens pour stresser Cody. Il agrippe l'une des barres de métal qui surplombent les sièges—voilà un avantage à être grand. Ses oreilles bourdonnent déjà, à cause de la proximité des murs et des gens. Seule solution : se concentrer sur Lute. Créer un espace pour eux dans la foule. Cette fois-ci, le silence sera impossible au milieu du vacarme métropolitain.

CODY—premier indice : c'est au coin de la 5e Avenue et de la 34e rue Ouest. deuxième indice : c'est l'un des endroits les plus pris en photo au monde.

Troisième indice : en 2011, des chercheurs universitaires ont conclu que l'électricité s'y rassemble plus qu'ailleurs et que quand on y embrasse quelqu'un, parfois, on peut attraper un petit choc électrique.

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Re: lute ϟ première neige écrit le Ven 18 Déc - 0:00



Première neige
Dakota & Lute

 
En ville. Ca voulait dire quoi, en ville ? Cette ville dont elle ne connaissait rien d’ailleurs, même si elle en était originaire. C’est d’ailleurs la question sous-jacent que plante Cody dans le décor quand il lui demande combien il neige là d’où elle vient. Mais d’où vient-elle, véritablement ? Elle vient de New York et pourtant elle ne connait rien de la grosse pomme, elle ne connait que la rue où donnait la vitre obstruée de sa chambre, et c’est tout. Elle connait tout ce qu’elle a vu dans les livres, la statue de la liberté, tous les grands buildings que tout bon new-yorkais est censé connaître, mais elle ne les a jamais vus de ses propres yeux. Elle aurait pu les reproduire au moindre détail sous les yeux ébahis de la foule mais ça ne fait pas d’elle une new-yorkaise pour autant. Elle aimerait découvrir Havre-aux-maisons, ça devait être bien plus amusant que Levram, bien plus beau aussi. Et puis il y avait des phoques ! Des vrais phoques. Elle se souvenait en avoir vu quand elle allait au zoo avec ses parents, elle se souvenait aussi que son animal préféré c’était l’otarie, et combien elle riait quand elles s’élançaient dans les airs pour attraper des petits poissons si ridiculement petits qu’on ne les voyait même pas à l’œil nu… Les banquises devaient produire un bruit effroyable en se brisant sur la plage, car il y avait la plage, là-bas. Elle rabattit son bonnet sur ses oreilles qui commençaient à prendre froid et elle enfonce ses mains dans les poches trop grandes de son manteau. Elle n’était même pas bien sûre de connaître la différence entre un phoque et une otarie, mais elle ne voulait pas paraître trop bête, alors elle nota quelque part dans sa tête de faire des recherches une fois qu’elle serait rentrée de cette petite escapade sucrée.

« Moi, je viens d’ici. Enfin, je suis new-yorkaise quoi. » Ou comment s'emmêler les pinceaux. Alors comment expliquer que tu ne connais rien à rien ? Elle ne savait pas ce que Cody savait exactement sur elle ; le professeur qui les avait mis en contact ne lui avait certainement pas révélé toute l’histoire et elle n’était pas bien sûre d’avoir envie de plomber une fois de plus l’ambiance. Elle n’était même pas bien sûre d’avoir envie de la raconter, son histoire. En fait, c’était même plus complexe que ça : elle n’était pas bien sûre de comment la raconter, son histoire. Ma tante ne m’aimait pas alors… Non, sa tante faisait plus que de pas l’aimer : c’était une aversion profonde, un dégoût si monstrueux que Lute se demandait encore comment la dernière des Argent  avait pu supporter de vivre avec sa monstrueuse nièce misérable cachée à l’étage. L’argent des aides sociales, certainement. Alcoolique comme pas deux, elle buvait deux fois plus qu’une personne normale, aimait-elle le rappeler « une fois pour moi, et une fois pour ce pauvre Ben qui est mort, il en a bien besoin maintenant de là où il est ». On ne peut pas dire que les Argent, le nom de jeune fille de sa mère, avaient vécu dans un beau quartier de New York. C’était plutôt la mère de Lute qui avait trouvé un bon parti en Mr Béhémoth, qui avait consenti à la prendre pour femme, cette jolie blonde venue de Brooklyn dont les parents se piquaient certainement entre deux comas sur le canapé. Lute était ce genre d’ovnis que l’on croisait parfois, comme dans ces films, ces enfants qui évitaient les tempêtes en se prenant quelques gouttes d’eau, mais c’est tout… Quoi que bon, pouvait-on vraiment dire que Lute s’en était si bien sortie ? A mesure qu’elle se prenait à aimer les sciences, la jeune fille se demandait si sa mère n’avait pas eu des dons, elle aussi, des facultés étranges qui lui auraient permis de se sortir de ce bourbier infernal dont les Argent étaient pris au piège. Elle ne le saurait certainement jamais. « Mais à cause de mes pouvoirs incontrôlables, je n’avais pas le droit de sortir. Donc on peut dire que… que je viens d’ailleurs. Car je ne connais rien à la ville. » Voilà, la pilule était passée. Elle ne savait pas trop comment Cody allait accuser le coup, lui aussi avait peut-être eu des problèmes avec sa famille par rapport à ses pouvoirs. Ce n’était pas le genre de choses que l’on demandait normalement, alors la blondinette se retint juste à temps pour ne pas lâcher une énième bombe qui pourrait ruiner le moment… Elle commençait tout juste à comprendre quels codes la société imposait, et elle avait tenu plus de dix minutes sans faire une gaffe. Une première, non ?

La banquise s’effondre alors qu’ils s’approchent du quai de métro, croulant complètement sous le monde. La jeune fille n’était pas bien sûre d’apprécier ça, mais c’était le commun de tout mondain qui se respectait ; et puis avec Dakota le maître des arts martiaux, que pouvait-il lui arriver de grave ? Elle eut un instant envie de déchaîner ses pouvoirs pour faire disparaître toute cette foule disparate, mais elle se retint de justesse : c’était pour ce genre de choses qu’elle n’était pas censée sortir habituellement. Ils avalent les volées de marche, s’enfonçant toujours plus profondément dans les entrailles de la terre. « On dirait qu’on se fait avaler par une baleine, tu ne trouves pas ? » Elle pense à Mobidick et sourit. Les deux adolescents se glissent dans le monstre marin qui les attend, impatient de les prendre comme passagers. Le garçon lui lance alors une énigme, et elle se mord la lèvre. Les gens adoraient les énigmes, et Lute se sentait toujours complètement désemparée quand elle en entendait une. Elle craignait toujours de passer pour une ignorante quand elle ignorait la réponse – ce qui était le cas la plupart du temps. « C’est au coin de la 5è Avenue et de la 34e rue Ouest. C’est l’un des endroits les plus pris en photo du monde. » La jeune fille se concentre le plus possible, cherchant au creux de sa mémoire, une idée, quelque chose qui l’aiderait à l’aiguiller… « L’empire state building ? lâche-t-elle toute piteuse car elle ne connait que ça. Alors qu’elle lance sa bombe en priant pour que Cody puisse la rattraper, l’habitacle se met en branle sans que Lute ne s’y attende. Tous les passagers se tiennent droit, comme si ce changement de gravité ne semblait pas les atteindre, mais elle, elle trébuche, glissa et se cogne contre le torse de Cody. « Pardon, pardon, pardon ! »

acidbrain


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Re: lute ϟ première neige écrit le Mar 22 Déc - 8:34




première neige
feat. lute e. béhémoth
Lute est définitivement l'hiver : pleine de silences comme les nuits où la neige fraîche feutre le bruit métropolitain, pleine de douceur comme les mouvements sinueux du vent dans les dunes blanches, pleine de mystère comme les tempêtes où l'immaculé du décor se mêle à celui de la houle. Mais l'erreur que font la plupart des gens, c'est d'assumer qu'hiver ne rime qu'avec froid. Parce qu'avec Lute, l'hiver, c'est aussi des éclaircies de soleil éclatantes, comme les saillies, les meurtrières qu'elle lui offre sur sa vie, qui lui permettent de l'apercevoir un peu plus clairement, comme un mirage, comme un oasis dans le désert. Elle est l'hiver, elle est aussi le désert et l'océan—ça, l'océan, Cody le connaît bien, mais ça ne l'empêche pas d'avoir le vertige lorsqu'il perd pied, lorsqu'il réalise l'infinie distance entre ses pieds et le fond. Lorsqu'elle lui parle d'elle, Cody ne peut qu'acquiescer pensivement ; il emmagasine. Il ouvre, au fond de son océan personnel, un coffre où il conserve comme des joyaux les bribes d'information qu'il obtient.

CODY— C’est au coin de la 5è Avenue et de la 34e rue Ouest. C’est l’un des endroits les plus pris en photo du monde.
LUTE— L’empire state building ?

Cody n'a pas le temps de répondre—le métro se met en branle, envoyant valser à gauche et à droite ceux qui ne l'anticipaient pas. Lui-même n'a qu'un quart de seconde pour cambrer ses jambes et ne pas tomber à la renverse. Une chance, parce que la situation aurait été encore pire. La tête de Lute le frappe en plein dans le torse—c'est beaucoup plus doux qu'un coup de poing au plexus, évidemment, mais ce n'est pas rien non plus. Au milieu de la foule du métropolitain de New-York, Cody se retrouve momentanément dans le sous-sol où ils ont partagé leur dernier moment d'intimité. Intimité. C'est un drôle de mot. L'intimité, ça ne se détermine pas dans l'espace, dans le nombre de gens autour ou dans la longueur de l'amitié. Ce n'est ni tangible, ni explicable—c'est un ressenti, une brume, une humeur ; ça s'aperçoit dans un regard, dans une blague complice, dans les joues de Lute qui rougissent lorsqu'elle trébuche et se frappe contre Cody. Elle se répand en excuse et il sourit. Moqueur. Il place une main sur son épaule pour être sure qu'elle ne tombe pas à nouveau. L'espace d'une seconde, il a un flash du film Annie Hall, où Woody Allen dit à celle avec qui il se prépare à vivre l'histoire d'amour la plus épique de tous les temps :

Hé, écoute, embrasse moi. Ouais, pourquoi pas, tu sais, on va juste rentrer chez nous plus tard, et il va y avoir toute une tension sur le pas de la porte parce qu'on s'est jamais embrassés avant et que je saurai jamais repérer les signaux. Alors on a qu'à s'embrasser tout de suite, ça sera fait, après on peut aller manger. On digérera mieux.

Est-ce que c'est ce que Cody veut ? Est-ce que c'est ce genre d'anticipation qui garde sa main sur l'épaule de Lute ? Cette main, il la retire maladroitement. Est-ce qu'elle va remarquer que je la regarde parfois une seconde trop longtemps, que ça arrive que je pense beaucoup avant de lui répondre ? Est-ce que ça l'embête ? Sentant les questions lui monter à la tête et l'étouffer comme un ressac imprévu, Cody a la réaction que tout garçon mature a devant une fille : il choisit de l'embêter plutôt que de céder aux sentiments contradictoires qui habitent son cœur.

CODY— jamais pris le métro, pas capable de se tenir en équilibre... soit vous me mentez au sujet de vos origines, mademoiselle Béhémoth, ou alors vous jouez très bien la touriste !

Il baisse la tête vers elle et ajoute, sur le ton de la confidence :

CODY— t'inquiètes, une fois en haut de l'Empire State, je te laisserai pointer des quartiers et leur inventer des noms. comme ça t'auras l'air de plus t'y connaître que moi.

Oublie Annie Hall, Cody, parce que ta vie n'est pas un film et que Lute n'est pas un protagoniste. Enfin si, elle est rapidement en train de le devenir, mais bon, elle serait plutôt la Prince Eric à ton Ariel, pour le moment. Pour le moment ? Cody chasse mentalement toutes les pensées contradictoires de sa tête : c'est une belle soirée, il se pourrait qu'il neige, et si Lute ne tombe pas à chaque fois que le métro démarre, ils devraient se rendre à l'Empire State Building en un morceau. Par ailleurs, celles-ci défilent : 18e Ouest, 26e... Plus qu'un arrêt.
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Re: lute ϟ première neige écrit le Jeu 31 Déc - 15:08



Première neige
Dakota & Lute

 
La main de Cody se pose sur son épaule, et son cœur s’emballe. Elle essaye de défriper un peu le pull qu’elle porte sous son manteau, ne sachant pas si elle est à la hauteur du rendez-vous. Elle pose sa main sur une des barres pas lui, essayant de refouler son désarroi ; elle imagine tous les microbes qui lui grimpent sur les doigts, qui rampent le long de son poignet pour recouvrir tout son corps d’une couche sale. Elle n’a jamais pris le métro pourtant elle sait que c’est l’un des endroits le plus sale au monde. Pas vraiment phobique des maladies, elle n’aime juste pas savoir qu’elle est en contact avec plus de saleté que n’en contiendrait un cadavre. Il retire finalement sa main alors qu’elle est bien accrochée maintenant, et elle regrette qu’il l’ait enlevée si tôt. D’un autre côté, elle se sent tellement gauche dans la situation qu’elle préfère qu’il ne la touche plus pour le moment – elle risquerait de se mettre dans tous ses états. « Jamais pris le métro, pas capable de se tenir en équilibre… soit vous me mentez au sujet de vos origines, mademoiselle Béhémoth, ou alors vous jouez très bien la touriste ! » Deux vagues successives se fracassent sur son enveloppe charnelle. La première, c’est de l’incompréhension. Se moque-t-il d’elle parce qu’il la trouve ridicule, ou parce qu’il la taquine ? Elle a toujours du mal à saisir les subtilités de l’humour, alors son visage se couvre d’une couche plus rougeoyante encore de malaise. Elle baisse la tête et laisse sa cascade de cheveux blonds répondre à sa place. Elle regarde ses pieds, priant pour que le métro s’arrête, qu’ils descendent et qu’elle puisse respirer un peu d’air frais, car elle risque d’étouffer ici. Le deuxième sentiment qui l’étreint, c’est de la reconnaissance. Il a retenu son nom de famille. C’est quelque chose qui compte beaucoup pour elle. Lute a beau avoir un patronyme qui se reconnaitrait entre mille, elle n’a pas l’habitude qu’on le retienne. Les gens se souviennent que c’est bizarre, et c’est tout. Un peu comme elle, en fait. Elle est désolée de ne jamais avoir pris le métro, d’être aussi ridicule comme ça dans ses vêtements qui semblent trop grands, dans sa peau qui semble trop petite. Peut-être que Cody a changé d’avis finalement, peut-être qu’elle n’est plus si intéressante que ça et que le reste de la soirée ne se passera que dans le malaise le plus total. Et puis, maintenant qu’elle peut méditer toute seule… Elle décide de prendre ses propos pour de la taquinerie, mais le doute subsiste toujours. « J’ai volé la clef de ma chambre, une fois, pour pouvoir sortir. Mais je n’avais pas de ticket de métro, ni d’argent, alors j’ai juste marché… » Elle ne savait pas trop si elle était en train de s’expliquer ou de s’excuser. On l’avait retrouvé le lendemain en train de dormir sur un banc au parc, et elle s’était pris la raclée de sa vie. Sa tante avait alerté tous les policiers du coin, criant que sa petite fille handicapée avait disparu. Après ça, la porte d’entrée avait aussi été fermée à clef. Les psychothérapeutes de Levram lui avaient expliqué que sa tante était gravement malade, et que ce n’était pas un comportement normal à avoir envers une petite fille. Aujourd’hui, tante Béhémoth était dans un asile psychiatrique pour soigner ses diverses dépendances et sa maladie mentale, dont la petite blonde oubliait constamment le nom.  Elle ne savait pas trop comment l’expliquer à Cody, alors elle se contenta de mordiller sa lèvre. « Pour ce qui est de mon équilibre… On évitera le patinage aussi, murmure-t-elle. » Elle ne sait pas s’il l’a bien entendu avec tout le brouhaha. Elle rêverait de faire du patinage un jour, mais elle est trop maladroite pour ça, elle le sait. Elle tomberait tête la première une seconde après avoir posé le patin sur la glace.

« T’inquiète, une fois en haut de l’Empire State, je te laisserai pointer des quartiers et leur inventer des noms. Comme ça, t’auras l’air de plus t’y connaître que moi. » Le sourire renaît sur les traits de Lute. Elle trouve cette attention bien plus révélatrice que tout le reste. Elle a envie de baptiser les quartiers avec Cody. Elle retrouverait Havre-aux-Maisons, et un jour, quand elle serait diplômée et qu’elle aurait assez d’argent, elle y achètera un domaine à Cody. Un endroit où il pourrait voir la mer, et aussi les montagnes. Il y avait un endroit comme ça, à New York ? « Tu connais les constellations ? » Elle ne sait pas pourquoi, elle a envie de voir les étoiles scintiller aussi férocement que toutes les lumières de la ville. Elle se doute que la pollution sera trop présente pour voir quoi que ce soit de là-haut, mais elle s’en fiche, elle a envie de rêver un peu. « On a le droit de monter sur l’Empire State Building ? »

Les portes du métro s’ouvrent finalement, et c’est leur arrête. Un flot continu de personnes se déverse dans les souterrains, et elle attrape le bout de la manche de Cody pour ne pas le perdre dans toute cette foule. Il y a du monde ce soir, ou peut-être que c’est toujours comme ça ?

acidbrain


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lute ϟ première neige

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